Tony Johannot
[Louise de Chaulieu]
[Renée de l'Estorade]
Bois gravés dans Mémoires de deux jeunes mariées. La Comédie humaine, Paris, éd. Furne / J.-J. Dubochet et Cie / J. Hetzel et Paulin, vol. 2, 1842, Saché, musée Balzac.
Mémoires de deux jeunes mariées est une œuvre nourrie des discussions entre Balzac et George Sand sur les questions du mariage, dans la continuité des longues causeries qu’ils ont eues à ce sujet à Nohant en 1838. La conversation se poursuit même par lettres interposées après la parution du roman, en février 1842, à propos de la personnalité des deux héroïnes, aux destins opposés : Louise de Chaulieu, qui mène une vie passionnée et ne veut pas se soumettre aux exigences de la famille et de l’ordre social, est en effet confrontée à son amie Renée de l’Estorade qui a choisi de se marier et de devenir mère. Balzac démontre au final la supériorité du choix de Renée, soulignant de cette façon son attachement à l’institution du mariage fondé sur la maternité. Dans une lettre à Balzac de février 1842, George Sand déclare son admiration envers celui qui a su rendre la psychologie de ces deux femmes : « il faut, mon cher, que vous ayez […] un souvenir d’existence antérieure où vous auriez été femme et mère. Elle ajoute néanmoins : Je n’arrive pas à vos conclusions […] J’admire celle qui procrée, mais j’adore celle qui meurt d’amour ». Pour préserver leur amitié, Balzac répondra finalement à George Sand : « soyez tranquille, nous sommes du même avis, j’aimerais mieux être tué par Louise que de vivre longtemps avec Renée ». Balzac décide de dédier l’ouvrage à George Sand dès juin 1840, se déclarant alors publiquement son ami.